Jeudi 11 juin
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"Un nouvel accord laitier sinon c'est la grève du lait à l'échelle européenne"
Ce jeudi 11 juin, trois syndicats de producteurs laitiers se sont réunis devant la préfecture de Haute-Loire à l'appel de la Confédération paysanne. Une
délégation a été reçue par le préfet, sans succès.
L'Association de producteurs de
lait indépendants (APLI), la Coordination rurale et la Confédération paysanne refusent l'accord sur le prix du lait conclu le 3 juin à Paris. Ils réclament une nouvelle négociation, cette-fois avec
tous les syndicats, sans quoi ils menacent d'une grève du lait à l'échelle européenne.
"En ce moment, je perds 100 euros par tonne de lait." Sébastien Béraud, de l'Association de producteurs de lait indépendants (APLI), tient une exploitation à
Saint-Paulien. Il produit 2 000 litres de lait par jour. "Je perds donc 200 euros chaque jour que je travaille", calcule-t-il. Et son confrère de l'APLI, Thierry Ceccato, de s'exclamer: "je
croyais qu'on n'avait pas le droit de vendre à perte!"
Sur les grilles de la préfecture la Confédération paysanne a attaché une bâche. On peut y lire "les paysans veulent vivre". A côté, un petit veau porte sur son dos
une pancarte: "Lemétayer m'a tué". Jean-Michel Lemétayer, le président de la FNSEA, fait partie des leaders agricoles qui ont négocié l'accord national sur le prix du lait le 3 mai dernier à
Paris. Un accord qui fixe à 280 euros maximum la tonne de lait payée aux agriculteurs en moyenne sur l'année. Un prix inacceptable pour les trois syndicats présents ce jeudi place du Breuil qui
font remarquer que le simple coût de production s'élève déjà à 348 euros la tonne, selon les données de l'Office de l'élevage. "Et encore, c'est un chiffre pour des exploitations de plaine,
précise l'un des manifestants, chez nous, en montagne, ça coûte plus cher."
Maîtrise de la production
Au nom de la Confédération paysanne, Nicolas Brenas, éleveur sur le canton de Pradelles, exige "la reprise immédiate des négociations interprofessionnels en invitant
autour de la table l'ensemble des syndicats". Pour lui, le ministre de l'agriculture, Michel Barnier, a oublié l'essentiel: la maîtrise de la production, soit la nécessité de quotas laitiers.
Quotas que la Commission européenne augmentent d'année en année jusqu'à leur suppression.
Crédit photo : Haute-Loire Infos
Seuls syndicats agricoles absents ce jeudi devant les grilles de la préfecture: la FDSEA et les Jeunes agriculteurs. Pour Hervé Morainville, le directeur de la
FDSEA43, il est inutile de demander une nouvelle négociation car, pour lui, "on est allé jusqu'au bout". Le syndicat majoritaire ne se satisfait pas des 280 euros la tonne de l'accord: "nous en
demandions 290, rappelle-t-il, mais les industriels en proposaient 220 au départ". Pour lui c'est plus un accord politique qu'autre chose.
La FDSEA et les Jeunes agriculteurs ont consulté les laiteries du département cette semaine. Résultat: "apparemment elles jouent le jeu", confie Hervé Morainville.
Les deux organisations avaient posé leur condition: pas plus de 55 euros de baisse pour 1 000 litres par rapport à l'année dernière pour le mois de mai. Aucune action n'est donc prévue contre les
laiteries altiligériennes pour l'instant.
Jeter le lait
En revanche, la FDSEA43 participe au blocage de deux plateformes d'approvisionnement des chaînes Intermarché et Leclerc à Moulins, dans l'Allier, depuis ce mercredi.
Dès vendredi, une cinquantaine d'agriculteurs altiligériens relaieront leurs confrères de l'Allier et de la Nièvre. L'action dénonce les marges de la grande distribution sur tous les produits
agricoles, pas seulement le lait. Objectif: obtenir un vrai observatoire des marges car jusqu'ici la DGCCRF (Direction Régionale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des
Fraudes) n'aurait pas accès à toutes les données.
Crédit photo :
Annabel Walker
Mais pour l'APLI, bloquer les centrales d'achat des grandes surfaces ne résoudra rien. "Les supermarchés feront venir du lait de l'étranger", déplore Sébastien
Béraud. Et d'ajouter, "la seule solution maintenant c'est la grève du lait. Bien que ça me crève le cœur de jeter mon lait, mais c'est ça ou la corde au cou!" L'APLI représente 2 000 exploitants
en France, 130 000 dans toute l'Europe, soit 40% de la production du continent. Courant juillet, elle promet huit jours de grève du lait à l'échelle européenne.
Article de Annabel Walker paru sur Zoom 43
Edition en ligne du 11 juin 2009
Lire la contribution de la commision "pêche et agriculture" du NPA
Crise du lait, le prix
de la dérugulation